LE CHOIX
DE ROSS PERRIN
novembre 2006


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Claude Vivier (1948-1983)
J'ai rencontré Claude Vivier en septembre 1982, probablement à l'Université de Montréal. Nous nous sommes beaucoup fréquentés jusqu'à son départ, en février 1983, vers Paris où il fut assassiné le 7 mars. Nous vivions dans le même quartier, à quelques rues l'un de l'autre, aux limites d'Outremont, et nous avions un grand plaisir à nous visiter. Mes rencontres avec Claude Vivier furent intenses et productives : il était à la fois un ami très cher et un maître fascinant.

C'est son expérience dans le Sud-Est asiatique et les récits qu'il m'en faisait qui m'ont fait découvrir les atmosphères de Bali et de la Thaïlande et lancé le défi de mêler les couleurs musicales d'ailleurs à celles d'ici. Les enseignements que j'ai reçus de Claude, je les applique encore aujourd'hui. L'un d'eux qu'il m'a appris, c'est de ne rien prendre pour acquis, de tout remettre en question : même si l'idée nous semble géniale, il faut la remettre en question et la travailler jusqu'à ce qu'elle devienne soi, qu'elle devienne son propre corps, son esprit et son âme.

Mais la chose la plus importante, c'est de ne rien faire compliqué, de toujours aller au plus simple.

Par exemple, quand tu écris pour un orchestre, pour chacun des instruments, tu écris la première ligne et tu y attaches une ligne verticale qui indique que tous jouent la même chose. Donc, aller au plus simple même si cela peut conduire les autres à penser que tu es paresseux et que tu fais à moitié. Claude me disait de toujours travailler la simplicité : toute mélodie doit venir d'elle-même sans imposer de cheminements compliqués.

Claude était toujours en effervescence, toujours sur le point de sauter. Rien pour lui n'était aussi important que la musique. Chez lui, rien d'imposant : un lit, un piano et des pages et des pages d'écriture pêle-mêle sur une petite table. Tout ce qui lui importait était la simplicité et la transparence. Je l'entends encore : « La musique va devenir toi si tu es toi… Laisses-toi imprégner de tout ce qui t'entoure, ne parles qu'en te servant de ton cœur. »

Plusieurs fois, quand Claude venait chez moi, il se mettait au piano et me jouait ce qu'il était sur le point de composer. Un jour, il m'a joué un « Quatuor du p'tit bum » qu'il voulait écrire. Il n'a jamais trouvé le temps de s'asseoir pour l'écrire avant de retourner en France où il a été assassiné : je crois bien que je suis la seule personne à qui il l'ait joué.

J'en suis encore tout ému et j'ai encore à l'oreille l'atmosphère qui s'en dégageait : c'était très mélodique et il s'en dégageait une telle joie de vivre... C'était jouissif ! Ce quatuor qu'il n'a jamais écrit lui ressemblait : il aimait jouer sur la corde raide, les « p'tits bums » et les truands qu'il côtoyait lui donnaient de l'adrénaline… Ils étaient la beauté fuyante qu'il essayait d'apprivoiser.

La Musique aimait Claude mais la vie était trop dure pour lui.
décembre 2005

André Mathieu (1929-1968)
La première fois que j'ai entendu Mathieu, c'était lors de l'Expo 67 de Montréal : c'est lui qui en avait composé l'ouverture. J'avais 14 ans. Dès cette instant, je fus happé par les colories de sa musique et j'achetai mon premier disque de musique contemporaine et, plus tard, son ouverture des Jeux olympiques de Montréal (1976). Par la suite, je me suis délecté de sa Danse paysanne puis de sa Sonate pour violon et piano.

Serge Garant (1929-1986)
C'est avec joie que j'ai reçu l'enseignement de Serge. Je le connaissais de réputation et je savais que j'étais devant le co-fondateur de la SMCQ (La société de musique contemporaine du Québec) mais j'étais impressionné par la justesse et la simplicité de ses analyses et de ses connaissances. C'est avec lui que j'ai compris comment analyser une œuvre et la décomposer à sa plus simple expression. La forme n'importait plus mais les relations entre les notes et le rapport entre la hauteur et le rythme: une œuvre pouvait se lire qu'avec 4 ou 5 notes.

Pierre Mercure (1927-1966)
Que puis-je dire de plus au sujet de Pierre Mercure que c'est par son Kaléidoscope que je suis tombé en amour avec sa musique... et que j'aurais voulu écrire comme lui !

Jean Papineau-Couture (1916-2000)
Je fus choyé d'entrer dans une institution comme la Faculté de Musique de l'Université de Montréal où je pouvais côtoyer de grands compositeurs comme Jean Papineau-Couture mais malgré qu'il était facile de l'y croiser, je n'osais pas lui adresser la parole de peur de le déranger. J'étais tellement impressionné par ce grand personnage, co-fondateur de la Société de musique contemporaine du Québec, que je me contentais de lire et d'analyser ses œuvres.

Colin McPhee (1900-1964)
Avec Colin McPhee, ce fut la découverte des sons exotiques et d'une nouvelle palette de couleurs. C'est lui qui ouvrit en moi le chemin qui me conduisit ensuite vers Claude Vivier dont les oeuvres s'animaient des mêmes colories: j'étais fasciné par les sonorités et les brillances des fréquences et des sons exotiques des instruments de Bali.

Claude Champagne (1891-1965)
Je considère que Claude Champagne est tout comme Calixa Lavallée le père de la Musique québécoise, aussi incontournable que lui au milieu de cette collection. On doit à Champagne son implication et son effort d'ouverture de la musique aux jeunes: c'est grâce à lui que l'Orchestre des jeunes fut instauré.

Calixa Lavallée (1842-1933)
Calixa Lavallée est le doyen de la musique du Québec et à ce titre historique, bien que je ne connaisse pas beaucoup sa musique, je lui réservais une place au cœur de cette collection.


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